"Pâtamodeleuse", elle réalise des illustrations en pâte Fimo...
(Extrait de l'interview réalisé par Thierry Le Boité pour Pixelcréation, août 2004).
"Au départ, je voulais devenir vétérinaire" raconte Christelle, "J'aimais beaucoup le dessin, mais j'étais entourée de médecins et à vrai dire, je n'imaginais pas que ce genre de métier existait. Finalement, c'est sur les conseils d'une amie que je me suis inscrite à l'ESAG-Penninghen. C'est là que j'ai commencé à sculpter en pâte à modeler.
Une fois mes études terminées, j'ai commencé comme graphiste dans une agence de publicité. Un jour, je me suis amusée à réaliser une série de sculptures de tous les membres de l'agence. Les créatifs étaient représentés en coccinelles et les commerciaux en fourmis. Cela a beaucoup plu et les DA m'ont alors demandé d'illustrer en pâte à modeler une couverture pour un magazine de tourisme."
Et le client fut satisfait. Christelle change alors de métier, devient illustratrice et se lance comme indépendante. "J'ai démarché activement tout en travaillant à mi-temps pour assurer un minimum de revenus. Au bout de 8 mois, j'avais reçu des commandes pour EuroDisney, Citroën et les chocolats Poulain. Ce qui était suffisamment encourageant pour continuer. Ensuite, j'ai trouvé un agent qui m'a conseillé de refaire mon dossier dans un esprit plus publicitaire. J'ai donc réalisé une série sur les produits cosmétiques et une autre sur les boissons. Des objets bien connus qui permettaient aux clients d'imaginer une transposition équivalente de leurs produits.
A partir de là, ça a bien marché. Il y a une dizaine d'années, lorsque j'ai démarré, la pâte à modeler était encore pour beaucoup une nouvelle technique et il y a eu un effet de mode. Puis sont venus les dessins animés en pâte à modeler (NDLR : Wallace et Gromit et les autres). Aujourd'hui, c'est une technique connue qui a trouvé sa place".
Comment travaille Christelle ? Scénario type : une agence de publicité lui passe commande. Après la phase de brief, elle livre un projet sous la forme d'un crayonné qui est soumis au client pour validation. Ensuite elle modèle la sculpture et envoie une photo numérique à l'agence, qui apporte ou non des modifications. Puis, vient l'étape de la cuisson de l'objet.
Une fois réalisée, l'illustration en volume est photographiée en studio par un professionnel en présence de Christelle : "J'assiste au réglage des lumières et je suis là pour effectuer les dernières retouches." Tout cela se déroule sur une période d'un mois avec une semaine de fabrication proprement dite. C'est-à-dire un délai tout à fait comparable à une technique plus traditionnelle.
La grande différence avec la pâte à modeler c'est que la pâte Fimo peut être cuite (25 minutes à 130°C) dans un four de cuisine "normal". Elle se travaille avec des instruments de modelage en bois, du matériel chirurgical, petits scalpels, pinces… On peut peindre la pâte, la vernir. Pour modeler le squelette du volume et économiser la pâte, il est possible de commencer la sculpture par une base en papier d'aluminium et fil de fer.
La pâte Fimo s'achète dans les magasins d'art graphique. Il y a environ 30 nuances de couleur qui peuvent être mélangées pour obtenir d'autres teintes.
Qu'apporte cette technique du volume, sur le plan esthétique ? Sans aucun doute, une dimension ludique ou humoristique à l'illustration. Pour Christelle : "Cela rappelle les petites classes et le monde de l'enfance et permet de traiter des sujets délicats."
Y a-t-il des problèmes spécifiques liés au volume ? Oui car "L'incertitude du volume inquiète. Pour certains clients, cela paraît plus compliqué à imaginer qu'une illustration au pastel." Pour répondre à ces inquiétudes, Christelle essaye de cerner les attentes le plus précisément possible. "Avant de réaliser le volume, j'effectue un vrai "stylisme". Je propose plusieurs vêtements et plusieurs accessoires et je fais choisir le client. De même pour les couleurs, il peut s'avérer utile de montrer des échantillons de pâte pour les faire valider."
Le volume apporte également, du fait de l'obligation de le photographier, une possibilité d'intervenir de manière "créative" à la prise de vue. Le choix du cadrage autorise plusieurs images, y compris en très gros plan (c'est vrai aussi avec des illustrations 2D, mais dans une moindre mesure). De plus, l'éclairage (doux, contrasté, jour, soir...) peut influer sur le rendu de l'objet et sa perception.
"Pour le magazine Défis, j'ai illustré un dossier sur les métiers tabou : la prostitué, l'entrepreneur de pompes funèbres, la voyante… En photo c'était plus délicat. La pâte à modeler donne une certaine fraicheur et permet de lire l'article autrement."
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